RECITAL : une ville de 70 000 habitants lauréate du DIAT France 2030

Noisy-le-Grand a été retenue face à huit autres consortiums, aux côtés de Bordeaux Métropole. Eridanis y porte le volet intelligence artificielle.

Les appels à projets nationaux sur la donnée territoriale récompensent le plus souvent des métropoles : elles disposent de l'ingénierie interne, des équipes dédiées et des volumes qui rendent un démonstrateur crédible. Pour la première vague du DIAT, l'État a retenu quatre lauréats — et deux d'entre eux sont des villes. Noisy-le-Grand, environ 70 000 habitants, figure au palmarès aux côtés de Bordeaux Métropole. Elle a construit pour cela un consortium de quatre partenaires, dont Eridanis, sélectionné à l'issue d'un dialogue compétitif où la frugalité algorithmique pesait autant que la performance.

Un appel à projets qui juge autant les moyens que les résultats

Le DIAT — Démonstrateurs d'IA frugale au service de la transition écologique dans les territoires — a été lancé en 2022 dans le cadre de France 2030, au titre de la stratégie nationale d'accélération sur l'intelligence artificielle. Il est piloté par le Secrétariat général pour l'investissement avec les ministères concernés, et opéré par la Banque des Territoires, pour une enveloppe globale de 40 M€.Sa singularité tient à son critère central. La plupart des dispositifs d'innovation évaluent un résultat attendu ; le DIAT évalue aussi la sobriété des moyens employés pour l'obtenir. Consommation énergétique des traitements, volume de données mobilisées, choix des algorithmes et des modes d'apprentissage : ces éléments entrent dans la notation, au même titre que l'impact environnemental visé.Cette exigence n'est pas cosmétique. Elle exclut de fait les approches qui compenseraient un modèle mal posé par un surcroît de données et de calcul.

Quatre lauréats, dont deux villes

Pour la relève close en novembre 2022, quatre projets ont été retenus au titre du DIAT, annoncés le 7 juin 2023. La composition de ce palmarès mérite qu'on s'y arrête. Deux lauréats sur quatre sont des communes, pas des structures d'agglomération, de métropole ou de département. Et Noisy-le-Grand, seule lauréate francilienne, est la plus petite des quatre par la population de son territoire de projet.Ce n'est pas un détail de communication. Un démonstrateur porté par une métropole se justifie par l'échelle : des centaines de milliers d'habitants, des services techniques étoffés, une direction de la donnée constituée. Un démonstrateur porté par une ville de 70 000 habitants démontre autre chose — que le dispositif est à la portée d'une collectivité de taille intermédiaire, celle qui constitue le gros du parc français de communes. C'est précisément ce que le DIAT cherche : des projets réplicables sur d'autres territoires, pas des prouesses qui ne se transposent nulle part.Noisy-le-Grand n'est d'ailleurs pas arrivée là sans concurrence. Neuf consortiums étaient en lice sur cette relève.

Un consortium de quatre partenaires aux rôles distincts

Pour porter RECITAL, la ville s'est entourée de quatre entreprises aux compétences complémentaires sur la gestion numérique des consommations de fluides dans les bâtiments :

Citégestion, filiale du groupe EDF, éditrice de plateformes numériques de gestion et d'optimisation des infrastructures territoriales ;

Datanumia, également filiale du groupe EDF, spécialisée dans la collecte et le traitement de données issues de sources multiples ;

Efficacity, institut de R&D dédié à la transition énergétique des territoires, qui édite des logiciels d'optimisation énergétique ;

Eridanis, mandaté par la ville sur le volet intelligence artificielle et le déploiement de la plateforme de données.

L'architecture du consortium dit quelque chose de la nature du problème. Aucun des quatre partenaires ne pouvait traiter seul la chaîne complète : il fallait des flux de données de fluides fiables, une modélisation physique du comportement thermique des bâtiments, et une couche d'IA capable d'arbitrer entre des milliers de scénarios de travaux sous contrainte budgétaire.

La sélection d'Eridanis : un dialogue compétitif, trois critères

En parallèle de sa candidature au DIAT, la ville a engagé dès 2022 une procédure de dialogue compétitif et sécurisé pour choisir ses partenaires — avec ou sans soutien national, la démarche devant tenir en propre. Neuf candidats se sont présentés. Le prestataire a été retenu à l'été 2023.Les critères d'attribution méritent d'être cités, parce qu'ils sont inhabituels dans un marché public de solution logicielle. L'éthique de la donnée et la frugalité — dans le choix des moyens, des algorithmes et des modes d'apprentissage — ont été placées au même niveau que la performance attendue. Chaque réponse a été examinée au regard des engagements pris sur ces deux volets.Cette contrainte a structuré la conception technique. Elle a notamment orienté le choix d'un module d'apprentissage statistique capable d'estimer le comportement thermique d'un bâtiment à partir de quelques données générales — usage principal, surface, consommation globale — plutôt que d'exiger un audit énergétique complet sur chacun des 200 bâtiments du parc. Un modèle léger sur des données peu nombreuses, là où l'approche classique aurait demandé une instrumentation lourde. La frugalité n'était pas un supplément d'âme : c'était une contrainte de conception, et elle a produit une méthode plus économe pour la collectivité.

Une gouvernance financière assumée par la ville

Le cadre du DIAT prévoyait que chaque membre du consortium — start-up, grand groupe, collectivité — sollicite directement la Banque des Territoires pour son propre financement.Noisy-le-Grand a choisi l'inverse : centraliser l'ensemble du pilotage financier. La décision a évité la multiplication des interlocuteurs et la fragmentation des flux, réduit la charge administrative et maintenu le projet dans ses délais et son enveloppe. Le budget total de RECITAL s'établit à 2,2 M€, financé pour moitié par une subvention de la Banque des Territoires au titre de France 2030 et pour moitié sur fonds propres de la ville. Aucun dépassement n'a été constaté.C'est un enseignement peu spectaculaire mais transposable : dans un consortium mêlant grands groupes et acteurs émergents, la collectivité porteuse a intérêt à tenir le fil financier plutôt qu'à le déléguer.

Où en est le projet

Les objectifs affichés portent sur les 200 bâtiments publics de la ville : −20 % de consommation énergétique d'ici 2026 et −50 % d'ici 2030.Les premiers résultats sont documentés : 173 actions d'optimisation ont été identifiées, permettant une réduction de 10 % de la consommation énergétique. Le projet a par ailleurs fait l'objet d'un déplacement ministériel à Noisy-le-Grand, où le maire l'a présenté comme illustration de la stratégie numérique de la ville.Reste la question qui donne son sens au dispositif DIAT : la réplicabilité. Les briques développées sont conçues pour s'enrichir à chaque nouveau territoire, chaque projet affinant la précision des modèles. Une méthode validée sur 200 bâtiments d'une ville de 70 000 habitants a vocation à descendre plus bas encore dans la strate communale.

Carte du territoire de Noisy-le-Grand et des 200 bâtiments pilotés depuis Ouranos.
Étude de cas

Noisy-le-Grand : deux IA pour dépasser le décret tertiaire

Eridanis a conçu pour RECITAL deux briques complémentaires. La première optimise à l'échelle du territoire l'ensemble des scénarios de travaux possibles, en n'en retenant que les plus pertinents au regard des budgets annuels, des plannings et des performances énergétiques visées. La seconde prédit les travaux à réaliser dans chaque bâtiment à partir de données générales, sans attendre la fin d'un audit approfondi — ce qui élargit considérablement le périmètre de planification. « Les élus d'alors avaient entendu parler de l'IoT et ils nous ont incité à expérimenter rapidement pour que les données aident à la prise de décision et engendrent des économies dans les coûts de fonctionnement », se rappelle Cyril Sauget, directeur technique du syndicat.

200Bâtiments publics ciblés
−50 %De consommations énergétiques visées d'ici 2030
4Partenaires dans le consortium
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« Avec RECITAL, on ambitionne d'aller au-delà des normes fixées par le décret tertiaire. Les premiers résultats, plus que prometteurs, nous montrent que l'on va y arriver. »

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