L’extinction nocturne s’est imposée comme le premier levier d’économie sur l’éclairage public : 73 % des communes analysées par le Cerema éteignent tout ou partie de leur réseau en cœur de nuit. Préparée, elle réduit fortement la facture sans hausse constatée des accidents.
Une même rue éclairée sert pourtant plusieurs finalités : sécurité routière, sécurité des personnes, accès à l’espace public, biodiversité, cadre de vie. Une plage horaire unique pour toute la commune les traite à l’identique. La question devient alors : quel niveau d’éclairage pour cette rue, à cette heure, au regard de tout ce qui s’y joue ?
Y répondre suppose de croiser des données que les collectivités détiennent déjà, mais dans des outils séparés : consommation des armoires, desserte des transports, points sensibles de la voirie, continuités écologiques, calendrier des événements, retours des habitants. L’hypervision réunit ces sources et rend possible un réglage rue par rue. Au SIéML, 3 400 armoires connectées pilotent ainsi 86 000 lampadaires.
Introduction
L’extinction nocturne a permis aux collectivités de réduire l’un de leurs postes budgétaires les plus lourds, et elle a fait ses preuves. L’étape suivante consiste à décider, rue par rue et heure par heure, du bon niveau d’éclairage au regard de l’ensemble des enjeux qu’il sert. Cette décision repose sur une vision d’ensemble, construite en croisant des données de natures différentes.
L’extinction, un levier énergétique efficace
Le parc est considérable. Selon une étude de l’Ademe de 2017, les 11 millions de points lumineux de l’éclairage public français représentaient une puissance de 1 300 mégawatts, l’équivalent d’un réacteur nucléaire récent. Pour les collectivités, l’éclairage public intelligent représentait en 2023 41 % de leurs consommations d’électricité.
La réponse a été rapide. Selon le Cerema, 73 % des 22 773 communes analysées pratiquent une extinction totale ou partielle en cœur de nuit. Les efforts se lisent à l’échelle nationale : l’éclairage public ne représentait plus que 0,54 % de la consommation électrique en 2024.
Les évaluations disponibles confortent ce choix lorsqu’il est préparé. Une étude portant sur 14 ans de données issues de 62 collectivités anglaises et galloises n’a trouvé aucune association entre la réduction de l’éclairage et les collisions nocturnes. Le gouvernement français indique de son côté qu’aucune augmentation des accidents ou des délits routiers n’a été constatée après les extinctions en milieu de nuit.
Un éclairage, plusieurs finalités
La lumière d’une rue sert à la fois la sécurité routière, la sécurité des personnes, l’accès à l’espace public, la préservation de la biodiversité et le cadre de vie. Le gouvernement résume l’équation en trois objectifs à concilier : la sécurité des usagers, la limitation des nuisances lumineuses pour les riverains et la biodiversité, et la baisse de la facture d’électricité. Pour le Cerema, le sujet doit traiter dans son ensemble l’énergie, la sécurité, la biodiversité et la santé humaine.
Chacune de ces finalités appelle une réponse différente selon le lieu et l’heure. Le Cerema relève que les usagers de la route ne disposent pas tous d’un éclairage performant, qu’il s’agisse de deux-roues motorisés ou de cyclistes. Les piétons et usagers des mobilités douces expriment un très fort consensus pour garder leurs axes éclairés toute la nuit. Les quartiers à forts enjeux écologiques peuvent être aussi ceux où le public se montre le plus réticent à l’extinction.
L’acceptabilité est une donnée à part entière. Depuis 2014, le Cerema recense 459 abandons de l’extinction. À Sarralbe, l’expérimentation n’avait entraîné ni davantage de vols ni davantage d’accidents, avec une circulation plus lente et moins de tapage nocturne ; la commune a pourtant rétabli l’éclairage sur tout son territoire à la suite de la consultation des foyers. Une décision fondée sur un seul critère, même juste, peut ainsi être remise en cause par un autre.
Croiser les données pour trouver la meilleure solution
Une politique d’éclairage performante s’appuie sur des informations variées, lues ensemble : la consommation de chaque armoire, les horaires de fréquentation et de desserte des transports, les points sensibles de la voirie, les données de sécurité locales, les continuités écologiques, les événements du calendrier et les retours des habitants. Prise isolément, chacune de ces sources oriente vers une réponse partielle. Croisées, elles dessinent la carte des besoins réels du territoire.
Ce croisement permet de différencier finement. Une rue résidentielle calme, sans enjeu de traversée, peut être éteinte tôt ; un axe de retour des transports reste éclairé jusqu’au dernier passage ; un corridor écologique bénéficie d’une puissance abaissée ; un carrefour accidentogène conserve sa lumière toute la nuit. L’économie d’énergie reste au cœur du dispositif, et chaque point lumineux sert l’usage qui compte à cet endroit.
La recherche confirme l’intérêt de cette finesse. Des travaux publiés en 2025 dans Nature Cities, appuyés sur une enquête auprès de 1 148 habitants d’une métropole, montrent qu’un éclairage adapté à l’échelle de la rue, voire du lampadaire, permet de concilier les besoins de la biodiversité et les attentes des habitants. Le Cerema propose désormais une lecture de l’extinction quartier par quartier. Le gouvernement souligne enfin que les économies tirées de l’extinction de certains points peuvent servir à cibler les lieux où l’éclairage est nécessaire pour des raisons de sécurité.
L’hypervision et Ouranos
Croiser autant d’informations suppose de les réunir. Sur les projets qu’accompagne Eridanis, une même collectivité mobilise parfois 20 à 30 prestataires ou sources de données différentes, chacune avec ses formats et ses outils.
Mais bien que les données soient largement dispersés, un outil tel qu’un logiciel d’hypervision répondra à la problématique. Il va centraliser les informations issues de plusieurs systèmes, outils métiers, capteurs et applications pour donner une vision d’ensemble du fonctionnement d’un réseau ou d’un territoire. Là où la supervision couvre un domaine précis, l’hyperviseur , lui, croise plusieurs univers : énergie, éclairage public, sécurité, bâtiments. Il connecte les outils existants et consolide leurs données sans imposer de les remplacer.
Ouranos, la plateforme de données et d’IA développée par Eridanis, assure ce rôle. Elle centralise, standardise et exploite les données quels que soient leur origine, leur format ou leur granularité. Elle repose sur des composants open source, est hébergée en France et compte plus d’une centaine de cas d’usage déjà mis en œuvre.
Retour d’expérience : le SIéML en Maine-et-Loire
Dans le cadre de son plan stratégique 2021-2026, le Syndicat intercommunal d’énergies de Maine-et-Loire a engagé la modernisation d’un réseau d’éclairage vétuste. Le projet a consisté à déployer 3 400 capteurs dans les armoires électriques, dont les données sont centralisées sur Ouranos. Le syndicat prend en charge les coûts de travaux et d’exploitation, afin de garantir un niveau de service homogène à toutes les collectivités.
Ouranos permet à la fois de commander le parc à distance et d’analyser les consommations, pour détecter les anomalies et les marges de réduction. Eridanis a également développé l’application mobile Smilé Connect : depuis une interface privée, les élus désignés de chaque commune gèrent l’éclairage de leur territoire et peuvent allumer une zone précise lors d’un événement imprévu.
Le projet porte sur 3 400 armoires connectées et 86 000 lampadaires, pour un budget global de 2,8 M€, dont 500 000 € issus du plan France Relance. Le SIéML indique avoir étendu ses plages d’extinction, auparavant situées plutôt entre 23 h et 6 h, désormais davantage entre 21 h et 7 h, et rapporte 15 % d’allumage en moins par rapport à la situation antérieure.
Ce cas réunit les deux mouvements décrits dans ce dossier. Les communes éteignent plus longtemps, et conservent la capacité de rallumer le bon secteur au bon moment.
Vers l’éclairage juste
Une collectivité peut réduire fortement sa facture sans dégrader la sécurité, dès lors que la démarche est préparée. L’éclairage juste prolonge ce mouvement : il conserve l’économie d’énergie et y ajoute la sécurité, la biodiversité, les usages et l’adhésion des habitants. Chez Eridanis, nous sommes spécialisés dans la data et l’IA pour le secteur public, et accompagnons les collectivités dans cette approche.
Ouranos, déjà
en service.
SIéML : le projet Smilé Connect
Dans le cadre de son plan stratégique 2021-2026, le Syndicat intercommunal d’énergies de Maine-et-Loire a modernisé un réseau d’éclairage public : 3 400 armoires équipées de capteurs, données centralisées sur la plateforme Ouranos, commande à distance et analyse des consommations. Le syndicat a allongé ses plages d’extinction, passées de 23 h – 6 h à 21 h – 7 h. Avec l’application Smilé Connect, les élus de chaque commune rallument une zone précise lorsqu’un événement l’exige.


