Les usages concrets de l’éclairage public connecté

L'ESSENTIEL

L’éclairage public connecté permet d’agir sur des problématiques très opérationnelles : adapter les horaires, limiter les consommations inutiles, intervenir à distance, gérer des situations exceptionnelles et exploiter les données du parc avec celles d’autres métiers.

Les niveaux d’équipement peuvent toutefois être très différents. Dans le Maine-et-Loire, par exemple, 8 600 points lumineux sont pilotés à partir de 3 400 armoires équipées d’horloges connectées. Les communes disposent d’une application permettant d’agir à distance sur ces armoires, notamment pour rallumer exceptionnellement une zone.

Une étude consacrée à plusieurs usages des Territoires Connectés et Durables a par ailleurs simulé l’équipement de 60 % des armoires d’éclairage public à l’horizon 2035. Pour 157 millions d’euros d’investissement, le scénario étudié estime les économies à 299 millions d’euros et la réduction des émissions à 55 kilotonnes de CO₂. Ces résultats correspondent à une simulation nationale et ne constituent donc pas une performance garantie pour chaque territoire.

Introduction

Réduire la consommation d’un parc d’éclairage, modifier ses horaires, intervenir lorsqu’un événement impose de rallumer une zone, suivre l’exploitation à distance ou rapprocher l’éclairage d’autres données territoriales : derrière l’expression « éclairage public connecté », les usages répondent à des problèmes métier très différents.

La connexion des équipements apporte surtout de nouvelles possibilités de gestion. Un point lumineux ou une armoire devient pilotable à distance, son fonctionnement peut être intégré à une plateforme de données et les règles d’exploitation peuvent évoluer sans multiplier les interventions sur le terrain.

Les projets observés montrent ainsi plusieurs niveaux d’usage. Certains commencent par la maîtrise des horaires et de la consommation. D’autres ajoutent des alertes, du pilotage à distance ou des scénarios exceptionnels. À mesure que l’éclairage rejoint un socle de données territorial, il peut aussi être rapproché de la mobilité, de la fréquentation ou d’autres services publics.

Mesurer pour savoir où agir sur la consommation

La réduction de la consommation commence par une connaissance suffisamment précise du parc et de son fonctionnement. Les horaires appliqués, les équipements concernés, les secteurs éclairés et les données énergétiques disponibles permettent d’identifier les périodes pendant lesquelles l’éclairage peut être ajusté.

Cette logique est particulièrement importante lorsque plusieurs communes sont exploitées depuis une infrastructure commune. Le pilotage devient alors un moyen d’appliquer des calendriers différents selon les secteurs, tout en conservant une gestion centralisée.

Dans l’expérimentation portée par Somme Numérique, l’éclairage public fait partie des briques intégrées à la plateforme IoT avec les bâtiments et la surveillance des niveaux d’eau. Le projet prévoit notamment la possibilité de paramétrer les calendriers d’éclairage directement depuis la plateforme.

Le calendrier devient alors une donnée d’exploitation. Il peut être modifié sans intervention physique sur chaque équipement concerné et les réglages peuvent être suivis dans un environnement commun.

Les gains potentiels doivent cependant être appréciés à l’échelle de chaque parc. L’étude FNCCR–InfraNum citée parmi les sources projette, dans son scénario national, 299 millions d’euros d’économies pour 157 millions investis dans le pilotage de l’éclairage public, avec un passage de 18 % à 60 % d’armoires équipées entre 2024 et 2035.

Ces chiffres donnent un ordre de grandeur du potentiel étudié. Les économies réellement obtenues dépendent ensuite de la situation initiale : état du parc, technologie des luminaires, plages d’allumage, organisation de la maintenance et règles de pilotage retenues.

 

Besoin d’exploitationDonnée ou fonction mobiliséeUsage possible
Suivre la consommationDonnées énergétiques et historiquesRepérer des dérives et comparer des périodes
Adapter les horairesCalendriers d’allumage et d’extinctionRéduire les durées d’éclairage lorsque l’usage le permet
Gérer plusieurs communesPilotage centralisé des armoiresAppliquer des règles différentes selon les secteurs
Vérifier l’exploitationÉtat et données remontées par les équipementsIdentifier une situation nécessitant une intervention
Préparer une évolution du parcHistorique et cartographiePrioriser les actions selon les besoins observés

Piloter les horaires et intervenir sans déplacement

Le pilotage à distance modifie directement l’exploitation quotidienne. Une modification qui nécessitait auparavant une intervention sur une armoire peut être réalisée depuis une interface dès lors que l’équipement et l’architecture de communication le permettent.

Le Syndicat intercommunal d’énergies de Maine-et-Loire fournit un exemple à une échelle significative : 3 400 armoires équipées d’horloges connectées pilotent environ 8 600 points lumineux. Ces équipements communiquent via un réseau LoRaWAN et sont reliés à une application mise à disposition des communes.

L’enjeu porte ici autant sur la consommation que sur l’autonomie donnée aux exploitants locaux. Les élus peuvent agir sur l’allumage et l’extinction sans attendre une reprogrammation physique de l’armoire.

Cette capacité permet notamment :

  • de modifier un horaire d’allumage ou d’extinction ;

  • d’adapter un calendrier à une période particulière ;

  • de rallumer temporairement une zone ;

  • de centraliser la gestion de plusieurs équipements ;

  • de restituer les informations dans une interface commune.

La connexion ne crée donc de valeur que si elle réduit une contrainte d’exploitation identifiable : déplacement évité, réglage plus rapide, meilleure connaissance du parc ou capacité à adapter le service à une situation particulière.

Elle impose aussi de conserver une architecture suffisamment interopérable pour faire évoluer les usages. Dans l’expérience de Somme Numérique, la mise à disposition des fonctions métier intervient progressivement à mesure que les flux sont décodés et fiabilisés. La possibilité technique de connecter un équipement précède donc parfois son exploitation effective dans la plateforme.

Adapter l’éclairage aux situations exceptionnelles

Les horaires habituels répondent au fonctionnement courant du territoire. Certains événements nécessitent pourtant de revenir immédiatement sur une extinction programmée.

Dans le Maine-et-Loire, l’application associée aux armoires connectées permet aux communes de rallumer une armoire en urgence en cas d’accident ou d’événement imprévu.

Cet usage dépasse la seule optimisation énergétique. Il transforme l’éclairage en équipement mobilisable dans une situation opérationnelle.

Alexis Semmama résume cette fonction ainsi :

« Grâce au pilotage à distance, les services de secours et de gendarmerie peuvent disposer d’un système de rallumage d’urgence en cas d’intervention. »

Un secteur éteint en milieu de nuit peut ainsi être rallumé lorsqu’une intervention de sécurité l’exige. Le service conserve les économies associées à son calendrier habituel tout en disposant d’une capacité d’action lorsque les conditions changent.

Cette flexibilité oblige à définir les droits de commande : qui peut rallumer, sur quel périmètre et dans quelles circonstances ? Dans un dispositif mutualisé, la gestion des accès devient donc aussi importante que la commande technique elle-même.

Le sujet rejoint plus largement l’évolution des hyperviseurs territoriaux. À Châlons-en-Champagne, l’hypervision est utilisée comme couche de coordination entre plusieurs métiers et superviseurs. Les équipements restent pilotés selon les fonctions adaptées à chaque métier, tandis que l’hypervision agrège les données utiles, les alertes et l’aide à la décision.

Fiabiliser l’exploitation avant d’automatiser

Un équipement connecté produit une donnée exploitable uniquement si le système sait l’identifier, la décoder et lui donner une signification métier fiable.

Les retours d’expérience de Somme Numérique montrent concrètement cette étape. Certaines données doivent être décodées avant d’être utilisées et l’absence de clés fournies par certains équipements peut ralentir l’intégration de nouvelles fonctionnalités. Le déploiement des briques métier est donc réalisé progressivement à mesure que les données sont consolidées.

Cette contrainte concerne directement l’éclairage lorsqu’un territoire souhaite dépasser la simple commande à distance. Pour détecter une situation anormale ou générer une alerte exploitable, il faut connaître l’équipement concerné, sa localisation, son fonctionnement attendu et le niveau d’écart qui justifie une intervention.

Dans le dispositif présenté par Somme Numérique, les seuils nécessitant une alerte doivent être définis métier par métier avec les services concernés. La plateforme peut ensuite transmettre les événements critiques sans imposer aux utilisateurs de surveiller continuellement les tableaux de bord.

Pour l’éclairage public, les sources utilisées ici documentent précisément le pilotage, les calendriers et le rallumage exceptionnel. Elles ne décrivent pas suffisamment le mécanisme de détection automatisée d’une panne point lumineux par point lumineux pour en faire un usage généralisable dans cet article. La logique reste cependant la même pour toute alerte : une remontée technique doit être fiabilisée et associée à une règle métier avant de devenir une information opérationnelle.

Croiser l’éclairage avec les autres données du territoire

L’éclairage peut rester un système autonome centré sur ses propres équipements. Son intégration dans une plateforme de données ouvre une seconde possibilité : utiliser la même infrastructure pour plusieurs métiers et rapprocher les informations lorsqu’un usage le justifie.

Le système déployé dans le Maine-et-Loire repose ainsi sur un réseau LoRaWAN qui accueille les horloges connectées mais peut également intégrer des données issues de la gestion des déchets, de capteurs de vitesse, du comptage de piétons ou de véhicules, ainsi que d’autres équipements territoriaux.

À Châlons-en-Champagne, cette logique est poussée jusqu’à l’hypervision. Le superviseur conserve son rôle métier tandis que l’hyperviseur apporte une lecture multi-métiers des informations disponibles. La modulation de l’éclairage public est notamment citée comme exemple d’action sur une infrastructure à partir de données remontées du terrain.

Les rapprochements possibles dépendent alors des données réellement disponibles. Une donnée de fréquentation peut, par exemple, devenir pertinente pour analyser l’usage d’un secteur en parallèle des règles d’éclairage. Une information événementielle ou de sécurité peut justifier temporairement un réglage différent. L’intérêt repose sur la possibilité d’utiliser une donnée déjà présente dans le système sans recréer à chaque fois une infrastructure indépendante.

Cette mutualisation apparaît également dans l’expérimentation de Somme Numérique : 20 passerelles LoRa et 350 capteurs ont servi plusieurs premiers cas d’usage, dont l’éclairage public, la gestion énergétique des bâtiments et la surveillance des niveaux d’eau.

À ce stade, la question dépasse donc le nombre de lampadaires connectés. Un projet d’éclairage public connecté peut créer différents niveaux de valeur selon le besoin réel du territoire :

Mesurer permet de comprendre le fonctionnement et les consommations.
Alerter réduit le besoin de surveillance permanente lorsque des règles métier fiables sont définies.
Piloter permet d’adapter les calendriers et d’intervenir à distance.
Croiser replace enfin l’éclairage dans une infrastructure de données capable de servir plusieurs usages territoriaux.

Le choix entre ces niveaux dépend du problème à résoudre. Une commune qui cherche avant tout à ajuster ses horaires n’a pas nécessairement besoin du même dispositif qu’un syndicat exploitant plusieurs milliers d’équipements ou qu’un territoire souhaitant construire une hypervision multi-métiers.

L’éclairage connecté prend ainsi son intérêt lorsque les données et les fonctions de pilotage répondent à une décision ou à une opération précise : éclairer moins longtemps lorsque cela est possible, rallumer immédiatement lorsque cela devient nécessaire et exploiter les informations du parc pour améliorer durablement sa gestion.

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